lundi 12 avril 2010

de La littérature à l'estomac et pensées culinaires

Bernard Pivot a su mêler les Mots et les Mets


Dictée Bernard Pivot 1989 : De la littérature à l'estomac


Entre mon gîte et la Bibliothèque nationale, je suis souvent saisie d'une fringale irrépressible. On a beau dire, les nourritures intellectuelles ne sauraient remplacer le boire et le manger. Quand le corps crie famine et que les leitmotive de la faim surgissent continûment, ce n'est la lecture ni de Racine, ni de La Fontaine, ni de Chateaubriand, qui peut apaiser une poche stomacale rendue exiguë par le jeûne et l'abstinence.


Quel martyre que de devoir, à jeun, lire des récits de pique-niques extra, de lippées sublimes et d'agapes excellemment arrosées!


Les festins littéraires font saliver et endêver les futurs agrégés sans le sou. Je me rappelle les goûters de mon enfance, quand mon père me rangeait parmi les fanatiques de la fourchette, les ogresses et les sybarites. Puis le temps, des vaches maigres est arrivé. Aujourd'hui, je suis parfois si obsédée par la faim que, penchée sur les trésors de la Bibliothèque nationale, je les confonds avec ceux de la gastronomie: manuscrits médiévaux et fricandeaux, palimpsestes minoens et courts-bouillons, in-folio et sot-l'y-laisse, ainsi que les culs-de-lampe historiés et les cancoillottes très parfumées, les incunables et les pets-de-nonne, les petits livres et les petits-beurre.

Écrirai-je un jour l'autobiographie qui, dût-il m'en coûter, retracera la route qu'on m'avait assuré être la plus facile, racontera ma jeunesse qui s'est tantôt cherchée, tantôt fuie, qui eût aimé s'empiffrer, qui s'est défendu de souffrir, qui s'est révoltée, et dont les privations ont exhaussé mon âme ?


Pensées Culinaires

"Dis-moi ce que tu manges et je te dirais ce que tu es"
Jean Anthlème Brillat-Savarin (1755-1926)

"Le matin, pense ; à midi, agis : le soir, mange ; la nuit, dors"
William Blake (1757-1827)

"Le végétarien n'est pas difficile : tout ce qu'il demande, c'est une salade de trèfles à quatre feuilles"
Jacques Prévert (1900-1977)


"Le goût des Américains s'est nettement affiné. Maintenant, ils arrivent à distinguer leur fromage d'une savonnette rien qu'en mordant dedans.
Francis Blanche (1921-1974)

"Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Ce qu'on mange avec goût se digère aisément"
Georges Courteline (1858-1929)

"A celui qui frappe à la porte on ne demande pas :

"Qui es-tu ?"

On lui dit :"Assieds-toi et dîne"

Proverbe sibérien

"Même la nourriture spirituelle demande à ête assaisonnée d'un peu de sel."
Emil Krotky

"Je n'aime pas les épinards et j'en suis bien aise ; si je les aimais, j'en mangerais et je ne peux pas les sentir"
Henri Monnier (1799-1877)

"La girafe doit se lever à six heures si elle veut que son petit déjeuner arrive à huit heures dans son estomac"
Samuel Butler (1835-1902)

"La vie est mal faite. Dès qu'on est assez grand pour atteindre le pot de confitures, on n'en a plus du tout envie.
Tristan Bernard (1866-1947)


"La différence entre un Italien et un Français, c'est qu'en mangeant des spaghettis, l'Italien peut penser à autre chose.
Vittorio De Sica (1901-1974)

"Dis-moi quel jour tu n'es pas libre pour que je t'invite à dîner."
Proverbe bulgare

"Il n'y a qu'à un malade que l'on demande s'il veut manger."
Proverbe russe

"Ne perd jamais de vue que le bon beurre est à la base de la bonne cuisine et souviens-toi que faire le malin est le propre de tout imbécile."
Georges Couteline (1858-1929)



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